A chacun sa came

Il était craquant avec sa cravate. Oui, j’aime les hommes en cravate, et j’assume. Même pas la trentaine, des cheveux bruns comme des cheveux bruns, des yeux verts comme des yeux verts, mais un cul moulé à la louche. Au moins par le meilleur pâtissier du monde spécialisé en chou à la crème nappage chocolat. Bon, je m’abstiendrai de tout jeu de mot sur la chantilly. Disons qu’au milieu de ce pseudo-cocktail BCBG (Bourgeois Conceptualisés Badigeonnés de Gnagnantise) où je n’avais pas envie d’y pointer un pied botté, il relevait la sauce. Vint le moment tant attendu de passer à table (plus vite on passe à table, plus vite on en sort). Et là, ô délicieuse maîtresse de maison qui remontait d’un coup d’un seul dans mon estime, me voici placée à côté de Marc. Oui, l’homme à la cravate et au cul appétissant, il s’appelle Marc* (*pour préserver l’anonymat de cette personne, nous n’avons pas utiliser un prénom d’emprunt vu qu’on s’en fout de l’anonymat si on ne met que son prénom). Bref, donc Marc. Comme dans Le journal de Bridget Jones (oui, je sors des références pourries, mais des héros qui s’appellent Marc, à part Marc Antoine, j’vois pas. Et encore, c’est pas un héros). Première coupe de champagne servie, et je divague en zieutant sa main gauche posée à distance respectable (une longueur de fourchette environ. Ok, de couteau si vous préférez), monsieur n’arborant point d’alliance mais seulement quelques petits poils ô combien viril sur son annulaire (certainement que les autres aussi, mais j’ai un peu focalisé, j’avoue). Monsieur commence même à faire la causette, et comme ça vous êtes nouvelle dans la région, et blablablabla oh oui parle moi encore. Tout était donc parfait, je portais ce jour-là (comme d’habitude) un décoletté, le spectacle pouvait commencer. Sauf que.

Sauf que le serveur a amené une coupe de champagne. Enfin deux. Une pour lui, une pour moi, et certainement une pour tous les autres de la table, mais je vous ai dit que je focalisais un peu. Et là, alors que ce charmant brun aux yeux verts comme tous les bruns aux yeux verts, MAIS avec une cravate, m’expliquait qu’on ne trinquait pas au champagne blablablablabla, alors que je sortais mon plus beau sourire, enchaînant sur une petite moue allumeuse, avant de trempouiller délicatement mes lèvres dans cette coupette, je l’ai entendu reniflé. Oui, reniflé. Bon, je ne lève pas les yeux pour pas le mettre mal à l’aise, une fois ça passe, je fais genre j’ai rien entendu. Sauf qu’il a recommencé. Fort. Avec des morceaux. Comme un footballeur qui se bouche la narine gauche pour éjecter un glaviot jaune par la droite, mais dans l’autre sens. (Oui ok c’est dégueulasse comme image, et je vous mettrais pas de liens beurk même si ça me brûle les doigts). Là je ne peux que lui retourner un regard interrogateur genre « Tu veux un mouchoir? » (ah nan on était encore au vous. En même temps par le regard, on s’en fout du vous). Sauf que non, monsieur n’avait pas besoin d’un mouchoir. Monsieur prenait son pied. Le pif dans le verre, il reniflait le champagne. « Oh, quel arôme fruité! Humm! ». L’hallu. Monsieur est œnologue. Fini le Marc de Bridget Jones. Limite si je voyais pas ses narines s’ouvrir, devinant presque les petits bouts morveux tremblant comme des dizaines de glottes visqueuses le long de sa paroi nasale. « Oh, quelle robe! Vraiment, il a une belle couleur, regardez, ce n’est pas un jaune classique ». Nan mais même pas t’essaies de m’intéresser à ton verre, tu t’es mouché dedans, cherche pas plus loin à m’expliquer la couleur.

Résultat, j’ai discuté avec mon voisin de gauche. J’ai rangé mon décolleté (ce serait bien si on pouvait rentrer les seins comme on rentre le ventre, juste quelques secondes, comme ça, le temps de traverser la rue…non?). Donc j’ai tenté de ranger mon décolleté, j’ai pas maté sa main gauche, je l’ai laissé écouter blablater des conneries sur le fait qu’il vaut mieux des coupes de champagne en forme de tulipes plutôt que des verres à vin triangulaires, même si le champagne est le plus noble des vins gnagnagnagnagna… Si tu le dis, tant que tu renifles pas je t’écoute, vas-y continue. C’était un œnologue, lui aussi. Mais plus jamais je ne regarderai de près ou de loin un œnologue. Même cravaté.

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