La petite bête ne mange pas la grosse, mais dans le doute…

Je suis bordélique. C’est un fait avéré. Ceux qui me côtoient de plus ou moins loin s’en sont déjà rendus compte très rapidement. Mes collègues n’en reviennent pas de ma capacité à occuper l’espace de petits riens qu’ils utilisent pourtant aussi. Mais c’est comme ça. J’arrive dans une entreprise, on m’octroie très généreusement un bureau, et là, je me sens obligée de le customiser. Rien de sale, que nenni, je jette mes mouchoirs usagers et les emballages des succulents repas sous plastique que me concocte la supérette du coin rien que pour moi. Mais c’est plus fort que moi. J’empile. J’archive à l’air libre, par strates plus ou moins chronologiques. Si jamais le chef débarque et cherche désepèrement où poser ce fax-super-urgent-à-traiter-dans-la-minute-indispensable-pour-ton-dossier, je lui invente qu’il doit le mettre sur la pile de gauche. S’il revient le lendemain, je lui dirai que c’est à droite bien sûr, je n’ai jamais dit que j’étais cohérente n’abusons pas non plus. Un collaborateur qui a supporté plus d’un an ma présence et mes savantes créations d’étagères sans étagères (même quand il y en a d’ailleurs) dans un espace réduit (nous partagions le même bureau, on ne lui avait pas laissé le choix), m’avait gratifiée d’un cri du cœur quelque peu sexiste mais ô combien justifié :  » Mais range putain, t’es pas une fille pour rien! » Si effectivement le sens du rangement est génétique, je ne suis pas une « vraie fille ». Mais ca c’est une autre histoire, nous aurons l’occasion d’y revenir.

A ce stade du billet, comme tout lecteur qui se respecte (si, respecte-toi), tu te demandes où est le rapport avec le titre de ce que tu es en train de lire. Ça vient, ça vient, don’t worry (je suis bilingue parfois). Nous n’en sommes qu’à l’introduction (oui, ça peut être long une intro).

Par une chaude nuit d’été, alors que j’essayais en vain de trouver le sommeil, blablablabla… Maintenant que vous visualisez mon espace de travail, vous imaginez bien l’état de ma chambre. Vêtements, magazines feminins, magazines pas féminins (oui je lis l’Equipe moi d’abord), chaussures, listes de courses, étiquettes de mes derniers achats, s’embriquent, d’emmelent, couleurs et matières se rencontrant au gré d’un hasard que certains jugeraient comme artistique si ce bric-
à-vrac était exposé dans un musée. Bref, une chambre de fille. En tout cas une chambre de fille comme moi.

Mais revenons à l’action. Il doit être deux heures du mat. Un silence de vielles maisons règnent dans mon appartement. Un poutre craque par ci par là, ça fait son charme aussi. Et puis, un bruit. Un tout petit bruit. Un chintement de papier qu’on déplace. Un autre. Comme un crayon de papier (un 2HB c’est les meileurs) qui crisse sur une feuille. Il me semble que ce bruit vient de l’interieur de la pièce. Je tends l’oreille. Et puis là, plus rien. Je crois avoir halluciné, me retourne dans le lit. Dérange le chat qui dort au pied (oui quand je n’ai pas de mec il a le droit de dormir avec moi). Je referme les yeux complètement inconsciante de ce qui se trame à seulement quelques mètres de mon matelas. Et le bruit recommence, tout doucement. J’ouvre grand les mirettes dans le noir, comme si ça pouvait démultiplier mon ouïe. Cette fois-ci je discerne distinctement plusieurs petits pas, sur du plastique. Je pense que c’est le chat qui a décidé de finir sa nuit ailleurs. Par acquit de conscience, je bouge une jambe et mon gros orteil se fait aussitôt happer par des coussinets griffus, un petit coup de dents au passage, histoire de me rappeler que le repos du guerrier, c’est aussi valable pour les matous castrés vivant dans un 3 pièces à plein temps. Donc il est sur mon lit. Donc ce n’est pas lui. J’envisage une petite souris. Mais alors très petite, genre une qui veut se faire discrète, marchant sur la pointe des pattes. Humm. Une image de dessin animé me vient à l’esprit, mais vite chassée par le bruit qui recommence. Ce n’est pas Michey Mouse qui fait des pointes en tutu sur le lino de ma chambre, non.

C’est minuscule comme frottement, mais ca m’en a enlevé l’envie de dormir. Qu’est-ce qui est plus petit qu’une souris et qu’on est susceptible d’entendre marcher? Un elfe somnambule? Sur le coup, je donne ma langue au chat. Tiens, celui-là je l’attrape à pleines mains, le serre contre moi. Bien que je ne me souvienne pas avoir lu quoi que ce soit là-dessus dans tous les bouquins que j’ai ingurgité depuis la primaire, l’Histoire a bien dû démontrer à un moment ou à un autre qu’une boule de poils c’était super efficace comme bouclier. Lui, dans l’histoire, le bruit ça n’a pas l’air de l’affoler. Mais moi, là, je n’y tiens plus. J’avance le doigt vers l’interrupteur heureusement situé juste au-dessus de mon lit. Et j’appuie. Horreur et boules de gomme, mes yeux cherchent sur le sol l’auteur de tant de boucan, et mes pauvres pupilles écorchées vives par l’ampoule éclairée distinguent dans l’enchevêtrement qui constitue le sol de ma piaule la coupable. J’ai dû cligner de yeux plusieurs fois, ma main gauche se resserrant sur le pelage du félin (toujours dans mes bras, suivez un peu), la droite encore pétrifiée sur l’interrupteur. Une araignée. Mais pas une araignée de la ville, hein, pas une petite garce avec de longues jambes, pas une araignée poule mouillée, pas une araignée qu’on se demande si c’est un moustique ou autre chose avant de l’écraser et qu’on vérifie après à qui on vient d’ôter la vie d’un coup de pantoufle. Que nenni. Une énorme araignée. Avec des poils aux pattes comme un italien, avec une tête suffisament grosse qu’on peut la distinguer du corps. Et avec un abdomen de la taille de mon pouce (j’ai pas de très grands pouces mais quand même). Un truc qui file bien les chocotes. Et qui se baladait tranquillou bilou sur
un fly de Marionnaud, promettant « 20% et un cadeau lors de votre prochain passage en caisse, chère Sophie ». Là-dessus, j’ai balancé mon chat. Oui, dessus, sur l’arachnéide. Ben quoi, il fallait un adversaire de taille vu le monstre. En l’occurence je vise mal, très mal. L’animal a dérapé quelques dizaines de centimètres à droite de La Chose. La Chose en question a déguerpi, plus question de « sur la pointe des papattes », c’était plutôt « on se replie, vite vite, sauve qui peut » avec la sonnerie de cor et tout. Bref elle a rejoint le mur et a disparu sous une plinthe. Moi j’ai embarqué mon oreiller et mon incapable de chat (ben quoi, il aurait pu la bouffer, nan? C’est certainement meilleur que mes orteils. Et sans
aucun doute plus craquant sous la dent)
et je suis allée dormir dans le salon. Le lendemain, j’ai lavé toutes mes fringues, fait le ménage par le vide (oui, on se dit toujours que le dossier de Biba pour « savoir dire non » et « être sexy meme par -20 degrés », on le relira, mais ça fait quand même 2 ans qu’ils trainent par terre) et ai redécouvert que le sol de ma chambre était d’un beige immonde.

Question immondices, j’ai également investi dans 3 bombes anti-insectes rampants. Trois parce que toutes les marques vantent les mêmes miracles, qu’on ne croit pas au miracle ni au père Noël, mais qu’est-ce qui est mieux qu’un miracle? Trois miracles (facile). On est jamais trop prudent, et j’ai entièrement gazé ce havre de paix qu’est ma chambre. Le mouchoir sur le nez et tout. Attendu trois jours que l’odeur chimique de bombes lacrymo insecticides disparaisse avant de réintégrer mon Bultex 18 cm (je parle bien de l’epaisseur du matelas, merci).
Depuis ce jour je suis toujours bordélique. Sauf dans la chambre. Que les araignées et autres millepattes fassent leur boum dans mon salon, mais qu’ils ne fassent pas trop de bruit, voyons, les relations de voisinage ça se soigne.

La prochaine fois je vous expliquerai pourquoi j’ai une truelle, une panthère rose et des talons aiguilles en permanence dans ma voiture. Ou pas.

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